| Date
de l'épisode : 21/07/2003
Endroit actuel : Delhi,
Inde
Nombre de jours depuis le départ
: 212 (Afrique) , 73 (Asie)
Nombre de pays traversés
: 25 (Afrique), 2 (Asie)
Derniers pays traversés
: Inde, région du Ladakh et du Zanskar
Nombre de kilomètres
réalisés : 33.695 km (Afrique),
1.523 km à vélo (Asie) 3.527 km en transports
locaux (Asie), 900 km en avion (Asie)
Commentaires concernant le futur trajet : Départ
pour le Mongolie avec arrêt de deux jours à
Pékin.
Il y a quelques années, je n’avais
jamais entendu parler de la région du Ladakh
et du Zanskar. C’est une amie de l’université,
Laurence, qui me l’a fait découvrir au
travers des nombreux livres qu’elle avait sur
cette région. Laurence parlait beaucoup de cette
région à l’extrême nord de
l’Inde, entre le Pakistan et la Chine, dans laquelle
elle voulait se rendre. Mais jamais elle ne s’y
était rendue. C’est une région accessible
par route seulement quatre mois par an de juin à
septembre car le reste du temps la neige empêche
de s’y rendre. C’est aussi une région
ouverte aux touristes seulement depuis 1974 à
cause des conflits dans la région (Pakistan et
Chine).
Donc, quand j’étais au Népal et
que je me suis rendu compte qu’il était
impossible de passer par le Tibet, je lui ai envoyé
un mail en disant que je comptais me rendre au Ladakh
et au Zanskar fin juin, début juillet. Je n’ai
pas du attendre deux jours avant de recevoir un mail
en retour en me disant qu’elle avait réservé
un avion et qu’elle sera la fin juin à
Delhi pour que l’on découvre cette région
ensemble. Super nouvelle de pouvoir découvrir
cette région avec Laurence qui me l’a fait
découvrir.
Le 25 juin au soir, je me rends donc à l’aéroport
de Delhi pour rejoindre Laurence qui arrive
à 22h. Notre avion pour Leh, la capitale du Ladakh
part le lendemain matin à 5 heures. On a donc
passé la nuit au bar de l’aéroport
de Delhi à boire quelques bières locales.
Elle me donne des nouvelles d’Europe et des amis
et je lui fais partager tous les moments que j’ai
vécus seul depuis le début de ce périple
en Asie. Et vous ne pouvez pas imaginer quel plaisir
c’est de pouvoir partager avec quelqu’un
de proche. Je n’ai jamais eu l’impression
d’être seul depuis le début du voyage
mais c’est impossible de partager ce que j’ai
ressenti dans ce voyage avec les gens que j’ai
rencontrés au Népal et en Inde et même
les touristes que je rencontre, de la même manière
qu’avec quelqu’un de proche.
Après un splendide survol en avion de l’Himalaya,
on se pose à Leh, le plus haut
aéroport commercial du monde à 3.500 mètres
d’altitude.
Le Ladakh, c’est encore tout autre chose, une
toute autre expérience que ce que j’ai
pu vivre depuis le début de ce voyage :
• Tout d’abord, on arrive dans un endroit
entouré de montagnes vertigineuses où
la couleur verte des vallées irriguées
se détache de l’aridité des montagnes
environnantes, et le tout couronné par quelques
sommets enneigés, mis en évidence sur
un fond de ciel bleu.
• Et puis, Le Ladakh, c’est le bouddhisme
tibétain. Le Ladakh est surnommé le «
Petit Tibet » et est un des derniers endroits
au monde où survit le bouddhisme tibétain.
Leur religion est basée sur le respect des autres
et au jour le jour, à chaque moment, cela se
ressent. Les gens sont gentils, accueillants et calmes.
• Et finalement, le tout est bercé par
la culture et les traditions tibétaines
(les monastères perchés au sommet des
collines, les drapeaux à prières qui flottent
au sommet des cols, sur les montagnes et sur les ponts,
les moulins à prières, les stupas, etc.).
Le choc après plusieurs semaines passées
dans Delhi est ses environs est donc énorme.
A Delhi, les gens sont stressants, et poussifs vis-à-vis
des touristes. Impossible de voir un morceau de ciel
bleu et d’entrapercevoir le soleil à cause
de la pollution. Et surtout, le bruit est assourdissant.
Après une heure au Ladakh, j’ai su que
cet endroit était magique, que j’allais
m’y plaire et que j’y reviendrais sûrement
un jour.
Après quelques journées à Leh afin
de s’acclimater à l’altitude (cela
a été sans problèmes), nous sommes
partis pour un petit trekking de trois jours
qui nous mènera de Likir à Nurla.
Trois jours de ballade de vallée en vallée,
de cols en cols avec notre ponyman Antus (eh oui, on
avait un petit poney pour porter nos sacs) nous donnent
une superbe introduction à la vie ladakhie. Le
soir, on dort dans des guest-houses qui sont, en fait,
des maisons particulières avec quelques chambres
emménagées pour les trekkers de passage.
L’accueil est splendide.
Le second soir, nous sommes hébergés à
Hemis Shukpachen par la famille de Diskit, le père
de famille. La famille nous accueille avec du thé
au beurre et de la tsampa (farine d’orge) dans
leur splendide salle de séjour tout en bois,
avec un splendide fourneau et des dizaines de casseroles,
verres, assiettes et plats en métal dans les
étagères le long des murs. Les parents
de la famille sont encore très traditionnels
dans leur manière de s’habiller et leur
vie au jour le jour tandis que les enfants sont plus
modernes. Le fils étudie déjà à
Delhi et la fille part l’année prochaine
à Jammu au Cachemire pour ses études.
Laurence discute avec la famille et je vais faire un
tour dans le village à la découverte des
cultures irriguées, du gompa (monastère)
et des stupas. A mon retour, la mère est en train
de battre le beurre dans une baratte (à l’ancienne
comme on dirait chez nous) et c’est un boulot
de fou. Deux heures de travail pour une petite motte
de beurre. J’ai pris sa place pendant 10 minutes
et je vais dire que je ne me voyais pas faire cela pendant
deux heures…
Cette famille est adorable et on a eu l’occasion
de revoir les parents quelques jours plus tard à
Leh.
Reparti le lendemain à la conquête des
cols ornés de drapeaux à prières,
le trekking nous emmène finalement à Nurla
dans la vallée de l’Indus, d’où
nous prenons un bus et puis faisons du stop (car il
n’y a plus de bus) pour rejoindre le monastère
de Lamayuru. La route sinueuse menant à ce monastère
est superbe et passe à cote de Moonland, une
région d’apparence lunaire.
L’expérience du monastère
de Lamayuru reste et restera inoubliable. Nous
prenons une chambre dans la guest house juste à
cote du monastère et cela nous permet de participer
de pres à la vie du gompa. Nous avons l’occasion
d’assister à un office et cela est difficile
à décrire. Une vingtaine de moines assis
en tailleur devant des petites tables de 50 cm de haut
récite des prières (mantra), et cela des
plus jeunes aux plus âgés. Et à
côté de cela, tout en récitant les
mantras, il y a toute une petite vie, les moines boivent
du thé et mange de la tsampa. Certains s’arrêtent
quelques minutes pour parler avec le voisin. Mais le
tout dans une ambiance calme et surtout propice à
la réflexion. On s’y sent bien et en fermant
les yeux, on est transporté dans un autre monde.
En me promenant près du monastère, je
rencontre un moine qui m’invite dans sa petite
maison de deux pièces à flanc de colline.
Il m’installe dans sa pièce de
méditation, décorée de
photos du Dalaï-lama, de mandalas (peintures tibétaines)
et de plein d’autres objets religieux. Il me prépare
du thé sur son mini réchaud au kérosène,
sort des biscuits et me montre et m’explique les
différents objets servant à la méditation.
Le lendemain, après avoir assister à un
autre office et aux danses matinales des moines, nous
reprenons le bus en direction de Leh avec un arrêt
à Alchi (un très vieux
monastère) sur la route. Je monte sur le toit
du bus avec Xavier, un suisse que nous avons rencontré
à Lamayuru et Laurence fait le voyage à
l’intérieur. La vue et le panorama pendant
ce voyage est magnifique.
Nous retournons à Leh car nous avons la chance
que le Dalaï-lama vienne quatre jours (du 1er au
4 juillet) à Leh pour faire des enseignements.
C’est donc l’euphorie dans la région
car tous les Ladkahis veulent participer à ces
quatre journées et c’est le sujet principal
de discussion depuis ces derniers jours (Est-ce que
vous allez vois le Dalaï-lama ? Aaaahhh, vous aussi
?).
En revenant donc le 30 juin en fin d’après-midi
de Alchi, nous aurons le trajet en
bus le plus mémorable de ma vie. Tout le monde
se rend à Leh pour ces quatre jours. Laurence
arrive à remonter à l’intérieur
du bus et se faire une place parmi la foule. Je remonte
sur le toit déjà complètement full,
selon mon avis, mais pas de l’avis des ladakhis
qui continue à monter et envahir le toit. Je
suis donc coincé entre deux ladakhis et trois
sacs. Le pire, c’est que le bus a quelques problèmes
techniques et il nous faudra 4h30 pour faire les soixante
kilomètres reliant Alchi à Leh.
Le 1er juillet au matin, nous nous rendons à
Choglamsar, à quelques kilomètres de Leh
pour participer à la première demi-journée
d’enseignement du Dalaï-lama.
Cela se passe dans une grande prairie et il y a entre
15.000 et 30.000 personnes présentes. Il faut
savoir que la population du Ladakh est de 100.000 personnes.
Tous les ladakhis ont revêtu leur plus belle tenue
traditionnelle pour assister à ces journées,
c’est un festival de tenues. C’est superbe.
Le Dalaï-lama parle en tibétain et c’est
traduit simultanément en anglais pour les étrangers
regroupés d’un côté de la
prairie. Le discours est ensuite traduit en ladakhi.
Les moines des monastères ont aussi fait le déplacement
et sont ensemble à l’avant faisant face
au Dalaï-lama. A son arrivée, tout le monde
se tait et les moines le saluent en s’agenouillant
presque tous ensemble. C’est une ambiance très
spéciale et pleine d’admiration.
Pendant les quatre journées, il va aborder différents
thèmes de la religion bouddhiste. Son discours
est très clair, même pour nous qui ne sommes
pas bouddhistes sauf, de temps en temps, lorsqu’il
part dans de sujets philosophiques. Mais le plus remarquable,
c’est son aisance à parler et ses petits
fou-rires caractéristiques qui ponctuent régulièrement
son discours.
Il parle, entre autres, de deux thèmes spécialement
pour les ladakhis :
• Premièrement, il parle de l’ouverture
aux religions et de la tolérance entre
religions, en disant clairement qu’il est important
de s’intéresser aux autres religions mais
que, en aucun cas, il ne pousse les gens à changer
de religion. Il termine son discours par cette petite
phrase : « Conversion of religion is outdated
», phrase qui, est, à mon avis, indirectement
à l’égard du Cachemire dont fait
partie le Ladakh et le Zanskar, et qui ne fait rien
pour préserver la culture tibétaine dans
cette région.
• Deuxièmement, il parle du modernisme
en posant la question : « Est-ce que les ladakhis
doivent continuer à vivre de manière traditionnelle
ou doivent-ils s’ouvrir aux nouveautés
? ». En effet, le bouddhisme prône le non-attachement
aux biens matériels afin de pouvoir libérer
l’esprit pour la réflexion. Son discours
est donc de dire que le Ladakh doit s’ouvrir au
modernisme. Mais les objets de la modernisation doivent
être vus comme un moyen de réduire les
« souffrances » physiques. Ils permettent
donc de se libérer des tâches physiques
afin de pouvoir consacrer plus de temps au travail spirituel.
A la fin de la journée durant laquelle il a
parlé du modernisme, nous avons revu la famille
de Diskit et nous avons reparlé avec eux des
heures passées à faire du beurre tous
les deux jours en pensant qu’une bonne machine
ferait l’affaire.
Ecouter le Dalaï-lama, est vraiment
passionnant. Il parle de choses qui ont l’air
tout à fait normales mais il fait remuer au fond
de nous des choses essentielles à propos desquelles
on ne se pose même plus de questions. C’est
une splendide leçon de morale et de remise en
question.
Un aspect incroyable de cette religion est son ouverture.
Que se soit dans un gompa, aux journées du Dalaï-lama
ou, au jour le jour, avec les gens que l’on croise,
on a toujours le sentiment d’être accueilli
et d’avoir des personnes ouvertes devant nous.
Cette ouverture pousse à vouloir découvrir
toujours plus les secrets de cette culture. A mon départ,
j’ai donc acheté plusieurs livres sur le
Tibet, la culture tibétaine et le Ladakh que
je suis en train de lire et que je trouve passionnant.
Après ces quatre journées d’enseignement
du Dalaï-lama, je suis parti seul pendant quatre
jours pour faire l’ascension du Stok Khangri,
une montagne dominant Leh à 6.123m d’altitude.
Il y à trois jours d’ascension et une journée
pour redescendre. Je pars avec un guide Tashi et un
horseman Jetzang (car cette fois-ci ce sont des chevaux
et pas un poney). Je passe donc quatre jours en leur
compagnie en discutant énormément des
coutumes, des mariages (souvent arrangés), de
la vie Ladakhi et aussi de ma vie. Ils sont super sympas
et on passe quatre merveilleuses journées.
Après deux journées de marche dans un
paysage splendide de roches très escarpées,
on arrive au Camp de base à 5.200m.
Le troisième jour, lever à trois heures
du matin et on commence l’ascension avec Tashi.
Après dix minutes, je n’ai plus de piles
dans ma lampe de poche et je ne vois plus rien. Je marche
donc à côté de Tashi jusqu'au glacier
et là, le soleil se lève me permettant
de mieux voir le chemin. Traversée du glacier
en crampons et puis, longue et raide montée sur
les flancs enneigés du sommet. Je n’ai
jamais marché aussi lentement de ma vie. L’air
est tellement rare que chaque pas devient une épreuve.
Mais cette fois-ci, pas de fièvre (comme au Kilimandjaro),
et après 6 heures de marche, on arrive au sommet
à 6.123m sous la neige. On aura juste l’occasion
de voir les drapeaux à prières au sommet
et on ne profitera pas de la vue qui doit être
exceptionnelle. On ne s’éternise pas et
on redescend vers le camp de base.
Le dernier jour, on redescend sur Stok et on rejoint
Leh ou je retrouve Laurence qui en a profité
pour visiter quelques monastères des environs
et faire une journée de trekking.
On a aussi la chance de tomber pendant un festival.
En effet, le monastère d’Hemis
est en fête les 9 et 10 juillet. On participe
au festival une journée. Le festival se passe
dans la cours du monastère d’Hemis avec
vue sur les montagnes environnantes. Les moines, revêtus
de costumes colorés et de masques dansent sur
le rythme de musique tibétaine traditionnelle.
C’est un régal pour les yeux et les oreilles.
Afin de terminer en beauté ces trois semaines
dans cette région magique, nous partons avec
Lotis (une suédoise) et David (un néo-zélandais)
pendant trois jours en jeep et sous tente dans la
région des lacs Tso-Moriri et Tso-Kar au
Zanskar. Cette région, située entre 4000m
et 5000m est ouverte aux touristes depuis seulement
1994. Elle est peuplée de nomades se déplaçant
au rythme de leurs troupeaux de chèvres, de moutons
et de yaks.
Cela m’a rappelé les plus beaux paysages
que j’avais vus en Bolivie dans l’Altiplano.
Des étendues désertes, des lacs aux couleurs
cristallines et des montagnes offrant une palette de
couleurs exceptionnelles. A nouveau, les gens sont accueillants
et chaleureux. Nous sommes, entre autres, reçus
dans la tente d’une vieille dame qui s’occupe
de son petit-fils. Elle nous offre comme signe de bienvenue
un verre de lait de yak tout frais.
Dans un des petits villages bordant le lac Tso-Moriri,
nous assistons tôt le matin à un puja,
une cérémonie d’offrande à
Bouddha. Le moine, seul dans le monastère lit
des prières et offre riz, tsampa et autres offrandes
devant la statue de Bouddha. Encore une expérience
inoubliable.
De retour à Leh, Laurence reprend
son avion pour Delhi et l’Europe. Dernier petit
chia (thé au lait) à l’aéroport
et c’est le départ.
Je reste une journée de plus à Leh et
le 14 au matin, je reprends le bus à destination
de Manali et Delhi. Un premier bus m’emmène
à Manali, au pied de l’Himalaya.
Ce bus met deux jours pour faire 480 kilomètres
(25 heures de bus) avec des passages de cols à
5.200m, 5.000m et 4.800m. Une route de folie. J’étais
à la fenêtre pour admirer les paysages
et parfois, je ne voyais plus la route en dessous de
moi tellement le bus était près du bord.
Vue plongeante dans les précipices. A un moment,
on s’arrête pendant plus de trois heures
car un camion militaire est couché sur la route.
Arrivé à Manali, je reprends un bus de
nuit pendant 16 heures pour Delhi.
Ce qui est incroyable pendant ces trois jours de bus,
c’est de démarrer d’une région
aride et de petit à petit descendre vers des
régions verdoyantes et finalement arriver en
pleine saison de
moussons à Delhi où la pluie règne
en maître.
Me voici donc de retour à Delhi.
Je reprends un avion pour Pékin le 22 juillet
et fais un stop de deux jours avant de continuer en
Mongolie sur Oulan-Bator. Le 28 juillet, ma sœur
vient me rejoindre pour trois semaines de découverte
de la Mongolie.
Ces trois semaines au Ladakh et au Zanskar ont été
une expérience hors du commun.
C’est au jour le jour la découverte d’une
région mais surtout d’une culture tellement
loin de la nôtre et pourtant si accessible. C’est
une partie de mon voyage qui, à mon avis, m’a
le plus marqué.
Merci à Laurence, il y a quelques années,
de m’avoir fait découvrir cette région
au travers de ces livres et de m’avoir rejoint
pour la découvrir ensemble sur le terrain
Photos
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