| Date
de l'épisode : 9/10/02
Endroit actuel : Dakar,
Sénégal
Nombre de jours depuis le départ
: 24 jours
Nombre de pays traversés
: 5 pays
Derniers pays traversés
: Maroc, Mauritanie, Sénégal
Nombre de kilomètres
réalisés : 6461 km
Enfin des nouvelles. Nous sommes actuellement les hôtes
de Monsieur Mansour Gaye, directeur associé du
bureau Deloitte & Touche à Dakar, qui nous
a gentiment mis à disposition deux PCs afin de
pouvoir vous tenir au courant de notre périple.
Par quoi commencer, depuis notre dernier épisode
tellement de choses se sont passées : l’arrivée
sur le continent africain, des rencontres dans tous
les pays traversés, des paysages plein la tête,
des problèmes techniques et des milliers d’autre
choses.
Après Madrid, nous sommes donc descendus directement
vers Tarifa pour y passer la nuit et prendre le bateau
tôt le matin d’Algeciras à Ceuta
(enclave espagnole au Maroc). La traversée du
détroit de Gibraltar dure 35 minutes et on débarque
sur le continent africain. Le temps de faire le plein
d’essence, on quitte Ceuta et on arrive à
la frontière marocaine. Les formalités
se passent sans problèmes et puis on entre au
Maroc et là, plus un bruit dans la voiture. François
n’arrive pas à aller plus vite que 40 km/h
et Pierre ne dit rien. Le contraste est incroyable.
Le monde dans les rues, les odeurs, les routes, le bruit,
tout est différent. On pense la même chose
au même moment : « On y est, on est en Afrique
et on entre dans un monde totalement inconnu où
tout nous échappe et dont on ne connaît
aucune règle ». Après quelques temps,
on reprend nos esprits mais cet instant sera à
jamais gravé dans nos mémoires.
Nous descendons immédiatement sur Fès
en empruntant les routes de montagne du Rif, région
spécialisée dans la production du hachisch.
A chaque virage, on se fait siffler par des dealers
pour que l’on s’arrête. Bienvenue
au Maroc.
Le soir, nous arrivons à Fès et on cherche
le camping. Il fait noir, on ne voit rien et la circulation
est dense. Et là, le problème technique
survient, notre embrayage nous lâche et nous ne
pouvons donc plus bouger. Des personnes s’agglutinent
autour de la voiture en nous demandant « Problème
technique, problème technique ? ? ? Je vais vous
aider, pas de problèmes, etc., etc., etc.».
On se pose, on réfléchit. François
quitte la voiture et va à pied jusqu’au
camping. Il revient dix minutes plus tard en tracteur
et l’on remorque la voiture au camping. On est
au calme, on va enfin pouvoir décider de ce que
l’on fait pour la voiture. Arrivés à
l’emplacement, on voit à côté
de nous un Land Rover Defender (le même que la
nôtre). Il s’agit de Wessel et Arjanne,
deux hollandais qui descendent en Afrique du Sud en
une année. Et en plus, lui est mécanicien.
On passe une nuit tranquille et le lendemain, on inspecte
la voiture avec les bons conseils de Wessel. On en vient
rapidement à la conclusion qu’il faut démonter
l’embrayage et que cela nécessite un garage
vu l’importance de la manipulation.
Nous partons donc à la recherche d’un garage
Land Rover à Fès. Splendide introduction
pour découvrir une ville. En quelques mots, une
opération presque impossible car après
une demi-journée de recherche (on nous a envoyés
partout dans la ville), on se rend compte qu’il
n’y a pas de garage Land Rover. On se dit donc
que l’on va aller au Sheraton se renseigner pour
un mécano. Et là, ce fut la superbe idée.
On tombe sur Nadia et Anouar (cousin, cousine) qui travaillent
tous les deux pour l’agence First Car de Fès.
Ils vont nous orchestrer d’une main de maître
la réparation de la voiture (diagnostic du problème,
trouver un garage, suivi de la réparation et
négociation finale du prix). Il faudra la soirée
et la journée du lendemain pour réparer
la voiture. En prime, Anouar nous invite pour les deux
nuits à dormir chez lui avec sa famille. Nous
passerons donc deux journées exceptionnelles
avec la famille El Beqqali (Anouar, le grand frère
; Imad, le frère ; Anoual, la sœur et Nadia,
la cousine). Ils vont nous recevoir comme des rois.
Ils nous sortiront le soir, nous guideront pour la visite
de la Médina et nous offriront deux splendides
théières à notre départ.
Nous avons de vrais amis à Fès. Nous savons
que Anouar et Nadia liront ce message et nous les remercions
encore mille fois pour l’accueil et l’aide
qu’ils nous ont donnés à Fès.
Après ces deux journées à Fès,
nous partons vers Marrakech, en faisant une halte aux
chutes d’Ouzou, splendide site naturel où
nous nous baignons dans des bassins d’eau au pied
des chutes de 110 mètres de haut. Nous reprenons
la route et arrivons le soir à Marrakech. La
ville de Marrakech est exceptionnelle. On y a passé
une journée et tous les deux, on s’est
dit que l’on y retournerait pour un long week-end
ou une semaine. Le point névralgique de la ville
est la place Jamaa Fna. Le souk et les palais en sont
proches et le soir, cette place se vide de ses voitures
et est envahie de centaines d’échopes de
nourriture, de boissons, de magiciens, de dresseurs
de serpents, etc. Notre journée nous ramène
donc souvent à cette place. Nous passons la matinée
dans le souk qui nous rappelle beaucoup le souk de Fès.
Les centaines d’échoppes d’artisanat,
d’olives, de pharmaciens, d’épices,
les teinturiers, les ferronniers, les menuisiers, une
énorme partie de l’activité économique
est concentrée dans cette multitude de ruelles.
L’après-midi, nous essayons de visiter
quelques palais mais la plupart sont fermés.
Le soir, nous le passons à vagabonder sur la
place.
La route se poursuit et nous rejoignons la côte
à Agadir. C’est samedi soir, nous nous
faisons donc une bonne petite soirée dans les
discothèques locales. Les musiques sont similaires
sauf qu’il y a beaucoup plus de musique arabe
entre les morceaux européens et américains.
Pas facile pour danser. Par contre, las Ketchup est
au programme.
Après Agadir, notre objectif est de rejoindre
la Mauritanie. Nous avons donc une longue route pour
arriver à la frontière. Nous nous arrêtons
à Laayoune et Daklha pour passer la nuit et nous
apprenons à Daklha qu’il n’y a plus
de convoi militaire pour passer en Mauritanie mais que
la route est libre. On peut donc passer comme on veut.
Quand on dit que la route est longue, on parle beaucoup
en nombre d’heures et plus trop en nombre de kilomètres.
Selon le terrain, notre splendide Land Rover peut rouler
à des vitesses très opposées. Sur
le plat, on arrive à maintenir un moyenne de
80 à 90 km/h lorsque la voiture est totalement
chargée (190 litres de carburant et 100 litres
d’eau). En descente, on peut arriver à
des pointes de 120 km/h. Le record étant à
126 km/h. Le problème se corse dans les montées.
Selon l’amplitude de la pente, la voiture peut
passer à 60 km/h mais parfois, nous terminons
les passages de col en première à 30 km/h.
Le relief nous concerne donc beaucoup plus que les distances.
A Dakhla (dernière ville marocaine avant la
frontière), nous rencontrons deux norvégiens
(Anne Catherine et Erik) et deux allemands (Angelica
et Nils). Anne Catherine et Erik ont la même voiture
que nous mais plus récente et équipée
avec les derniers équipements Land Rover. Rien
ne manque à leur voiture. Ils descendent en Afrique
du Sud en une année. Vous pouvez suivre leur
parcours sur www.dunia.no et retrouver des photos de
nous. Angelica et Nils sont retraités et voyagent
énormément dans leur Toyota Land Cruiser.
Ils sont partis six mois et veulent rejoindre Djibouti.
Nous passerons cinq jours en leur compagnie pour d’abord
rejoindre Nouadhibou (capitale économique de
la Mauritanie) et ensuite traverser le désert
mauritanien jusque Nouakchott (capitale administrative
de la Mauritanie). Nils est un pro du GPS et de la conduite
4x4. Ces journées nous permettront de nous familiariser
à la conduite 4x4 et à utiliser notre
GPS. C’est un baroudeur hors pair.
Le 1er octobre, nous partons donc à trois voitures
direction la frontière mauritanienne. La frontière
entre le Maroc et la Mauritanie est un no man’s
land de 50 km sans piste mais avec du sable, des rochers,
des pierres et des mines partout. Il faut soit un guide,
soit un bon GPS pour passer. Nous effectuons donc les
formalités de sortie du Maroc et nous engageons
dans cette zone frontalière. On n’a pas
fait 500m après la frontière que Pierre
veut changer de vitesse après un passage difficile
et se retrouve sans embrayage. Le diagnostic est rapide,
même problème qu’à Fès,
la butée est foutue. A l’endroit où
nous sommes, c’est la merde. Finalement, François
prend les commandes et nous faisons les 50 km de cette
zone en première vitesse dans le sable mou, les
roches et les cailloux. Nous sommes escortés
à l’avant par les allemands ouvrant la
route au GPS et par les norvégiens à l’arrière
en cas de problème. A chaque contrôle policier,
gendarmerie ou douane, on arrête le moteur car
on ne peut pas mettre au point mort et on redémarre
avec la vitesse enclenchée. Après plus
de trois heures, on arrive enfin à Nouadhibou
dans un camping tenu par Frédéric, un
français. Pour un baptême en 4x4, on ne
pouvait pas mieux faire.
Le lendemain, Frédéric nous trouve un
mécanicien et à même le sable, nous
démontons à nouveau l’embrayage
et remontons l’ensemble en une journée
(belle performance comparée au travail effectué
en deux jours à Fès). Nous ne verrons
donc pas grand chose de la ville car on a passé
la journée avec le mécanicien.
Les Norvégiens et les Allemands nous attendent
et nous repartons ensemble le 3 octobre vers Nouakchott.
Trois journées de 4x4 à travers déserts
de sable et de cailloux, dunes et pour terminer sur
la plage pendant 80 km à marée basse.
Nous dormons en plein milieu du désert et à
côté de plages désertes. Les paysages
sont merveilleux. La voiture passe parfaitement dans
tous les types de terrain. Nous dégonflons nos
pneus et cela nous permet de passer dans du sable très
mou sans aucun problème. Des trois voitures,
nous serons les seuls à ne pas s’ensabler.
Enfin, un super point pour la voiture. Le troisième
jour de cette traversée se fait sur la plage
à marée basse. On avance le long de l’eau
et les oiseaux s’envolent au passage des voitures.
Les photos vous permettront de mieux vous rendre compte
de la beauté de ces trois jours dans le désert.
Le deuxième jour, on s’est fait le stress
du voyage. On est à 230 km de Nouadhibou et à
230 km de Nouakchott (en plein milieu de nulle part,
quoi) et on a un problème de boîte de vitesse.
On est au bord de l’océan et François
enclenche le différentiel pour mettre les petites
vitesses. On sort de la plage et cela commence à
sentir le brûlé, François change
la vitesse et on a un boucan infernal dans la boîte
de vitesses. On s’arrête, de l’huile
coule de la boîte et cela fume. On est en plein
milieu du désert sans boîte de vitesses.
On reprend nos esprits, on vérifie le niveau
d’huile de la boîte et on réenclenche
une vitesse. Heureusement, il ne s’agit que d’une
faute de pilotage, le différentiel était
mal enclenché, cela a chauffé. On le saura
pour la suite. Mais on s’imaginait déjà
devoir attendre dans le désert les pièces
de rechange.
A Nouakchott (capitale de la Mauritanie), nous passons
la nuit et repartons directement vers le Sénégal
avec comme premier objectif Saint-Louis. Il y a environ
250 km de route et cela nous prendra plus de 6 heures.
Et cette fois-ci, ce retard n’est pas du au relief
mais à la police et à la gendarmerie mauritanienne.
On s’est fait arrêter une dizaine de fois
sur la route. Les 8 premières fois pas de problèmes.
La neuvième, la police nous dit qu’il est
interdit de se trimbaler avec une bouteille de Ricard
(eh oui, il nous restait encore un fond de Ricard) et
nous taxe un t-shirt contre son silence. Mais le pire
est le dernier contrôle de la police à
la sortie de Mauritanie. Il faut savoir que l’on
ne peut pas sortir de devise mauritanienne du pays.
A la dernière pompe d’essence, on avait
donc tout dépensé et il ne nous restait
plus que des dollars.
Nous arrivons à la frontière, on passe
à la douane qui nous demande 1000 ouguias (environ
4 euros), le garde barrière 500 ouguais et la
police 40 euros. Et on avait que des dollars. Le policier
en chef qui ronflait sur sa carpette a daigné
se lever et a dit « Il y a un gros problème.
Nous ne prenons pas les dollars car les billets sont
faux mais je vais vous arranger les choses. Vous me
donnez 150 dollars, je prends le risque que les billets
sont faux et vous passez . » et puis il est allé
se recoucher et ronfler sur sa paillasse. On a fait
pas un bon en arrière mais 500 tellement on était
choqué. Finalement, après deux heures
de discussion et après avoir dit que l'on partait
d’ici pour aller à une autre poste frontière,
on a payé 20 US dollars et ils ont ouvert la
barrière direction le Sénégal.
Les formalités pour le Sénégal
ont été plus simples mais tout le monde
essaie de nous prendre du fric.
On arrive épuisés et dégoûtés
dans le super camping de Saint-Louis. Heureusement,
la bière est en vente libre et on noie notre
mauvaise expérience mauritanienne dans quelques
bouteilles de bière locale « la Gazelle
».
Nous passerons la journée du 7 octobre à
Saint-Louis et reprendrons la route vers Dakar le 8.
Le Sénégal est un changement total. Les
couleurs de peau, la musique, l’atmosphère,
le football et la chaleur. Il faisait chaud au Maroc
et en Mauritanie mais l’air était sec.
Il fait chaud au Sénégal et en plus l’air
est humide. Avec le Sénégal, c’est
vraiment notre entrée officielle en Afrique de
l’Ouest.
Une autre caractéristique est la pauvreté.
Le salaire moyen est d’environ 150 euros par an.
Les étrangers sont donc une proie idéale.
Dès que l’on est dans la rue ou dans la
voiture, on est assailli avec des histoires incroyables.
Hier, Pierre se promenait à Dakar, on l’aborde
dans la rue et le gars lui dit qu’il vient d’être
papa et que pour cela, il lui offre un collier porte-bonheur.
Evidement, après dix minutes de discussion, il
demande quelques euros, etc. Le mieux quand même,
c’est sur la route entre Saint-Louis et Dakar,
François est au volant, on se fait arrêter
par un gendarme. Il demande le permis de François
et s’en va. Il revient avec un papier «
officiel » et dit que François peut aller
rechercher son permis dans deux jours et en payant 40
euros à la police de Saint-Louis. Motif avancé
: « le pot d’échappement est défectueux
et cela est une faute grave ». En voyant les pots
d’échappement des autres voitures autour
de nous, notre pot devait être de loin celui en
meilleur état malgré le trou que l’on
a. Après un quart d’heure de discussion,
une simulation comme quoi on reviendrait dans deux jours
et une demande des tarifs officiels des amendes, on
est parti sans rien payer. On a compris comment cela
fonctionne et maintenant, on prend notre temps et on
s’est dit que l’on ne payait plus rien de
non officiel. Pas toujours facile de faire la différence.
Nous sommes maintenant à Dakar depuis hier,
nous avons porté la voiture chez un dealer officiel
Land Rover afin de régler l’embrayage (car
nous pensons avoir la solution au problème…
on ne le saura que plus tard) et réparer notre
pot d’échappement défectueux. La
voiture est au garage pour deux jours. Nous avons donc
pris un petit hôtel dans le centre. Ce soir, première
nuit à l’hôtel depuis le début
du voyage.
D’ici quelques jours, nous remettrons les voiles
direction le Mali.
Vous voulez en savoir plus…
Notre vie au quotidien
On commence à avoir nos petites habitudes avec
la voiture. Le soir, lorsqu’on s’installe
(tente, affaires, dîner), on s’est réparti
les tâches et on a chacun ses responsabilités.
François monte sur le toit pour descendre chaises,
table et ouvrir la tente. Pierre défait échelle,
élastiques et réceptionne la tente.
Pour la cuisine, on s’y met à deux. Il
faut dire que l’on a encore rien cuisiné
d’exceptionnel. Les restos ne sont pas chers et
cela permet de goûter aux spécialités
locales. Concernant la lessive, François s’y
est risqué mais le résultat n’était
pas top, on trouve donc des bonnes âmes pour s’occuper
de nos vêtements.
Il n’y a pas de « chef » dans le groupe.
On donne chacun nos idées et puis on trie et
on fait les meilleurs choix.
Notre plus gros stress
Le « problème » de boîte de
vitesse en plein milieu du désert. On pensait
que l’on allait rester là sans pouvoir
bouger. Finalement, il s’agissait d’une
erreur de pilotage. Plus de peur que de mal.
Notre plus grosse crainte
L’embrayage de la voiture. On se demande toujours
quand il va lâcher. Mais maintenant, on a les
pièces de rechange et on pourra le faire nous-mêmes
mais ça prendrait un peu de temps.
Notre plus belle rencontre
Les deux jours passés avec la famille d’Anouar
à Fès.
Nos plus belles photos
Concernant les paysages, la traversée du désert
mauritanien a été exceptionnelle. Pour
les personnes, la journée passée à
Marrakech devrait être riche en clichés.
Notre accident
A Tarifa, François fait une manœuvre dans
le camping pour bien placer la voiture et recule dans
un arbre. Un peu de tôle froissée mais
sans conséquence pour le voyage.
Notre plus belle corruption
150 US dollars pour quitter la Mauritanie. Nous nous
en sortirons à 20 US dollars.
Notre plus belle amende sur la route
2 jours de retrait de permis et 40 euros d’amende
pour notre pot d’échappement défectueux
entre Saint-Louis et Dakar au Sénégal.
Finalement, après 20 minutes de discussion avec
le policier, nous n’avons rien payé.
Photos
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