| Date
de l'épisode : 25/12/2002
Endroit actuel : Khartoum,
Soudan
Nombre de jours depuis le départ
: 101
Nombre de pays traversés
: 15
Derniers pays traversés
: Tchad, Soudan
Nombre de kilomètres
réalisés : 18.048 km
Commentaires concernant le futur trajet :
Direction Ethiopie, Kenya
Le vendredi 13 sera désormais
un jour de chance pour nous. En effet, le vendredi 13
décembre à 9h00, on venait nous apporter
nos passeports avec à l’intérieur
les visas pour le Soudan. Le tour était joué,
nous pouvions donc mettre notre Land Rover en route
pour filer vers l’est avec comme objectif d’arriver
à Khartoum au plus tard pour Noël.
Nos visas en poche, nous faisons les dernières
inspections (filtre à air, niveaux d’eau
et d’huile) et préparatifs (derniers achats
de nourriture, cigarettes, etc.) et on quitte le camping
du Novotel de N’Djaména après ces
trois semaines interminables.
La traversée du Tchad et du Soudan restera un
des tous grands moments de notre voyage. Les routes
empruntées, les paysages traversés et
la gentillesse du peuple soudanais ont fait de ces onze
jours, une expérience inoubliable.
Notre périple de 11 jours a été
le suivant. Ceci permettra a chacun de se remémorer
sa géographie du Tchad et du Soudan que nous
avons tous oubliée ou plutôt jamais étudiée:
• Jour 1 = 13/12 : N’Djamena (capitale du
Tchad) - camping sauvage entre Ngoura et Moito
• Jour 2 = 14/12 : Ngoura/ Moito – camping
sauvage après Mangalme
• Jour 3 = 15/12 : Mangalme – camping ONG
Abeche
• Jour 4 = 16/12 : Abeche – camping poste
douane El geineina (Soudan)
• Jour 5 = 17/12 : El Geineina – camping
sauvage avant Zalingei
• Jour 6 = 18/12 : Zalingei – camping sauvage
après Nyala
• Jour 7 = 19/12 : Nyala – camping sauvage
après Ed Da’ein
• Jour 8 = 20/12 : Ed Da’ein – camping
sauvage avant El Odaiya
• Jour 9 = 21/12 : El Odayia – camping sauvage
après En Nahud
• Jour 10 = 22/12 : En Nahud – camping sauvage
apres Kosti
• Jour 11 = 23/12 : Kosti – Khartoum (capitale
du Soudan)
Tout d’abord, la route. Il s’agit de la
seule voie possible afin de traverser l’Afrique
de l’ouest vers l’est et inversement. Les
pays alentours (Lybie, Centrafrique, Congo) n’étant
pas du tout recommandés. Et c’est en empruntant
cet axe que l’on se rend compte qu’il ne
doit pas y avoir beaucoup d’échanges terrestres
entre l’est et l’ouest.
Nous avons eu tous types de route : de la splendide
route en macadam au chemin seulement accessible à
des voitures 4x4 ou des camions.
Les bonnes routes, on les compte sur les doigts de la
main. En quittant N’Djamena, il y a 80 kilomètres
de bon goudron où l’on avance à
80 km/h. Il y a le même genre de route pendant
200 kilomètres entre El Obeid et Kosti. A part
cela, on est soit sur des routes en goudron défoncées
et trouées de partout, soit sur des pistes qui
peuvent être parfois très bonnes et souvent
très mauvaises. On a été surpris
par les pistes au Tchad. Lors de la seconde journée
du trajet, nous nous sommes retrouvés sur 300
kilomètres de pistes damées qui venaient
d’être construites. C’était
le grand luxe et cela nous a permis de bien avancer.
A part ces 580 kilomètres de bonne route, les
2500 kilomètres restant demandent une attention
de tout moment. Chaque seconde d’inattention peut
soit vous emmener dans un trou, soit vous emboutir dans
un arbre, soit vous retrouver ensablés dans le
lit d’une rivière asséchée
ou dans du sol mou, soit vous retrouver en équilibre
sur la bande centrale d’ornières malheureusement
trop profondes pour notre voiture.
On pensait avoir déjà vécu un bon
de moment de 4x4 au Mali et bien le Tchad et le Soudan
seront du même niveau mais pas pendant trois jours
mais pendant dix jours d’affilée.
Nous avons fait les 3000 kilomètres en 10 jours
en roulant en moyenne 10 heures par jour. Cela donne
une moyenne de 30 km/h sur l’ensemble du voyage.
La plus courte étape a été de 120
kilomètres dans des pistes de montagnes caillouteuses
et sablonneuses. On n’avançait pas, tellement
les obstacles s’enchaînaient les uns derrière
les autres (gués a traverser, ornières
profondes, slalom entre les rochers, pentes escarpées,
etc.).
Lors de la septième et huitième journée,
on est en train de conduire sur des pistes qui zigzaguent
le long d’une voie de chemin de fer. Les allemands
qui font le voyage avec nous s’ensablent. Il faudra
s’y reprendre à deux fois et sortir les
plaques de désensablement pour les sortir de
leur endroit. Finalement, après plus d’une
heure à avoir creuser dans le sable en plein
soleil pour les sortir, on décide de rouler sur
la voie de chemin de fer. On calle donc une roue au
milieu de la voie et l’autre de temps en temps
à gauche ou à droite selon la place qu’il
y a au bord de la voie. Ceci nous permet d’avancer
à allure raisonnable (30 km/h) et surtout en
ligne droite vers notre destination car un des gros
inconvénients des pistes, c’est qu’elles
n’arrêtent pas de serpenter entre arbres,
collines. Et en fin de compte, on fait beaucoup plus
de kilomètres au total. Une bonne ligne droite
ne nous fait donc pas de tort.
Après la route, venons-en aux paysages. La encore,
les photos ne sont pas suffisantes pour décrire
ce que l’on a vu pendant ces onze jours. La variété
des paysages est exceptionnelle. Des déserts
de sable, des oasis, des collines et montagnes, des
forêts, des plaines a perte de vue, des routes
rectilignes sur des kilomètres, on a l’impression
d’être constamment devant des cartes postales.
Un des paysages qui nous a marqué est une piste
rectiligne qui disparaît dans un mirage (du a
la chaleur) et derrière lequel surgit une splendide
montagne. Et il faut un temps fou pour arriver à
la montagne tellement c’est loin.
Une impression inoubliable est l’arrivée
au Nil Blanc. La végétation se raréfie
de plus en plus sur des centaines de kilomètres
jusqu'à devenir désertique. Et tout a
coup, des cultures à perte de vue et on arrive
au fleuve très large.
Mais le plus marquant lors de cette traversée,
c’est la gentillesse et l’hospitalité
du peuple soudanais. Nous quittons le Tchad avec des
souvenirs impérissables des personnes rencontrées
le long de la route et dans les villages mais les habitants
des grandes villes (Abéché) et les officiels
ne nous laissent pas un souvenir inoubliable.
Deux fois de suite, avant de quitter le Tchad, nous
avons eu de mauvaises expériences avec certaines
personnes rencontrées. Tout d’abord, lors
de notre nuit a Abéché, le prix du camping
quadruple en l’espace de 1 heure de temps alors
que l’on s’était mis d’accord
sur un prix. Nous terminerons par un compromis moitié/
moitié. Et puis, nous quittons le Tchad «
illégalement » sans cachet de sortie car
le chef de la police est rentré chez lui à
14h00 et pour lui la journée est finie. François
est donc allé le chercher chez lui. La seule
chose qu’il a répondu a été
« Attendez jusque demain matin et je serais là
à 7h30. Nous quittons donc le Tchad sans cachet
pour rejoindre le Soudan et là le contraste est
frappant.
Tout d’abord, le douanier nous accueille avec
des « Welcome to Sudan » et en plus, il
nous offre de camper gratuitement dans l’enceinte
de la douane. Il nous apporte des chaises et nous propose
de l’eau à boire. Quel changement ! Et
cette gentillesse et hospitalité va se retrouver
pendant tout le voyage et encore ici à Khartoum.
Sur la route, les enfants et les adultes crient et saluent
notre passage. Lors d’arrêts dans les villages,
ce sont des poignées de main à tour de
bras et plein de sourires échangés. De
plus, ils font le maximum pour nous aider même
en ne se comprenant pas.
Le plus sympa, c’est de voir les éclats
de rire lorsque l’on prend des photos d’eux
avec le numérique et qu’on leur montre
les photos. Ce sont des éclatements de rire et
après c’est l’émeute générale
car tout le monde veut se voir dans l’appareil.
Pour faire les commissions, nous avons appris quelques
mots d’arabe pour pouvoir acheter du pain et demander
le prix. Alors, ils se plient en quatre pour nous aider,
nous emmener à la bonne échoppe.
On parle beaucoup trop de manière négative
du Soudan du point de vue politique. Mais derrière
ces informations reçues qui n’ont rien
avoir avec ce que nous vivons ici, le peuple soudanais
est, avec le peuple malien, le plus souriante et le
plus gentil que nous ayons rencontré.
Arrivés à Khartoum, nous posons nos affaires
dans un camping le long du Nil pour s’apprêter
à fêter Noël. Et là, le choc
sera grand. On ne fête que très peu Noël
au Soudan. Il n’y a rien qui nous met dans l’ambiance.
Pas d’arbres de Noël, pas de guirlandes,
etc. Et puis impossible de trouver à Khartoum
un restaurant avec un bon repas pour passer le réveillon
de Noël. Nous nous retrouvons au restaurant du
Hilton qui sert un buffet. Rien de très fin mais
de la quantité. Et puis encore plus dur, impossible
de trouver une goutte d’alcool. Nous buvons donc
pour accompagner notre repas une bière sans alcool
et du coca. Même pas un verre de vin à
Noël, ça ne nous était jamais arrivé.
On se demande encore si Noël est déjà
passé ou non.
Vivement le Nouvel An en Ethiopie où là
on devrait trouver de quoi ne pas mourir de soif…
Hier, nous avons demandé notre visa pour l’Ethiopie
et nous l’aurons demain. Il y a quelque chose
qui n’est pas normal, cela va trop vite…
Vous voulez en savoir plus…
Une journée type durant la traversée
Nous conduisons à tour de rôle la voiture,
en général des journées complètes.
Le matin, on se lève assez tôt avec le
soleil vers 6h30, 7h00. Le temps de déjeuner
et de ranger les voitures et on démarre vers
8h00, 8h30.
On s’arrête à midi environ une demi-heure
pour dîner.
Le soir, on s’arrête un peu avant le coucher
du soleil vers 18h30.
Le temps de manger, de déplier les tentes, on
va se coucher vers 20h00.
Et oui, on est bien décalé par rapport
à notre horaire européen.
Un tout bon fou rire
François conduit la voiture sur une piste et
à une centaine de mètres, il y a une personne
sur son âne en plein de milieu de la route. On
continue à avancer et apparemment, il ne nous
entend pas. Pour finir, on arrive très près
de lui et on roule presque au pas. On ne veut pas klaxonner
de peur que l’âne ne prenne peur.
Finalement, l’homme se retourne, s’aperçoit
de notre présence, prend peur et donne un coup
sec sur les rennes afin que l’âne aille
sur la droite. L’homme lui anticipe le mouvement
de l’âne et se penche déjà
sur la droite. Et c’est là que l’âne
décide de tourner vers la gauche. Notre homme
perd donc l’équilibre et juste avant d’éviter
la chute, il se rattrape in extremis à la crinière
et utilise toutes ses ressources pour rester accroché
à l’âne et arriver à se redresser
alors que l’âne continue comme si de rien
n’était son chemin du côté
gauche.
Encore des ânes
Beaucoup moins drôle. Cette fois-ci, c’est
Pierre qui est au volant. En plein milieu de la route,
on voit un tas de bois. Pas loin de là, des femmes
avec des ânes qui transportent du bois. Les femmes
nous font des signes de nous arrêter. On s’arrête,
on descend de la voiture et on se rend compte que sous
le tas de bois, il y a un âne. La charge est tellement
lourde qu’il est tombé en voulant traverser
la route. On s’est donc mis à trois pour
soulever le bois et essayer de libérer l’âne.
Au même moment, un des autres ânes veut
traverser la route, trébuche et se retrouve coincé
sous les bois.
C’est à partir de ce moment que l’on
s’est vraiment rendu compte des charges que portaient
où tiraient tous les ânes que l’on
voit le long de notre route.
Notre vie de mécano
La voiture s’est splendidement comportée
pendant ces dix jours. De temps en temps, il n’y
a pas de contact quand on met la clef. Les témoins
s’allument mais pas de démarrage. Mais
après quelques essais, en général,
elle se met en marche.
Le seul réel problème que nous ayons
rencontré, c’est à nouveau un problème
sur l’axe de transmission. Une partie de l’axe
est cassée mais cela permet de rouler. Nous allons
changer cela à Khartoum dès demain.
Sinon, notre voiture est de loin la meilleure voiture
pour ce genre de trip. Les allemands qui ont une Toyota
Land Cruiser un peu trop basse ont eu plus de difficultes.
Nos plus belles rencontres
Tous les soudanais que nous avons rencontrés
sur notre route et que nous côtoyons au jour le
jour. Leur gentillesse est frappante et rend, entre
autres, la ville de Khartoum super agréable pour
se promener de jour comme de nuit.
Photos
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